L'hypothèse philosophique que j'appelle ``computationnalisme", ou plus simplement ``mécanisme", est la conjonction des trois hypothèses suivan
1) L'hypothèse du mécanisme digital et
indexical est l'hypothèse selon laquelle je
(aspect indexical) peux survivre, non seulement avec un coeur
artificiel, un rein artificiel, etc., mais aussi avec un cerveau
artificiel, en l'occurrence constitué d'une machine
universelle digitale, c'est-à-dire un ordinateur, convenablement
``programmé" à partir d'une description d'un état
instantané du cerveau saisi à un niveau adéquat
(aspect digital).
La finitude mise à part, je ne place aucune restriction
sur le niveau de description du cerveau: l'hypothèse du
mécanisme digital reste correcte dans le cas où il
s'avérerait qu'il faille décrire l'état quantique de tout
l'univers pour décrire adéquatement l'état du cerveau.
En ce sens l'hypothèse peut être considérée comme
particulièrement faible (au sens logique). J'appellerai
quelque fois ``cerveau généralisé" la partie de l'univers
apparent qu'il faut reproduire pour survivre à une
reconstitution.
Le mécanisme tel qu'on l'aborde ici, en particulier l'aspect
indexical, présuppose un minimum de ``psychologie
populaire". On reconnaît la présence d'une conscience
privée chez l'autre. En particulier on admet qu'une expression
du genre ``Paul estime avoir survécu
à la greffe de coeur" puisse avoir un sens.
2) La thèse de Church, énoncée la première
fois par Post dans les années 20 et indépendamment par
Church et Turing une bonne décennie plus tard, est une
hypothèse plus technique apparue dans le fondement des
mathématiques [Post, 1922, Church, 1936, Turing, 1936]. La thèse
de Church, ou plutôt une version anachronique mathématiquement
équivalente, dit que toute fonction (intuitivement) calculable
est programmable (calculable par un ordinateur). Une version
intensionnelle (mathématiquement équivalente aussi,
voir annexe B) de la thèse de Church rend possible
l'existence d'une numérotation de toutes les (descriptions
des) machines digitales possibles:
1, M2, M3, ...}. Par définition ces machines
disposent d'autant de temps et d'espace mémoire qu'il est
nécessaire pour mener
à bien leur activité.
C'est la
thèse de Church qui confère
à la notion de machine universelle (ordinateur abstrait) un
statut extrêmement général, quoique non trivial. En effet,
avec la thèse de
Church on peut démontrer que toute machine universelle
consistante est obligatoirement silencieuse sur certaines questions,
notamment la question de savoir
quelle machine elle est [Benacerraf, 1967]. La thèse
de Church protège le mécanisme digital des réfutations
Gödéliennes
comme celles de Lucas et de Penrose [Lucas, 1961, Penrose, 1989].
Cela est examiné au chapitre 5. La thèse de Church
protège plus généralement le mécanisme contre les
réductionnismes formels [Webb, 1980, Marchal, 1995, Wang, 1974]. Voir
annexe B.
3) L'hypothèse du réalisme arithmétique consiste à admettre que la vérité des propositions arithmétiques est indépendante de moi (de vous, de l'humanité, de l'univers, ...). On admet par exemple que la proposition ``il n'existe pas de plus grand nombre premier" est absolument vraie, que la vie soit ou non apparue sur la terre. Avec la thèse de Church, le réalisme arithmétique permet d'affirmer que toute machine sur toute donnée va s'arrêter ou, ... ne va jamais s'arrêter. Le réalisme arithmétique définit l'ontologie non substantielle acceptée ici. Depuis le bien connu travail de Gödel 1931 (bien que cela se trouve déjà chez Post 1922), on sait qu'il n'existe pas de théorie complète et décidable capable d'axiomatiser l'ensemble des vérités arithmétiques [Gödel, 1931, Post, 1922]. Heureusement, car si ce n'était pas le cas, le mécanisme pourrait constituer un réductionnisme formel, en contradiction avec la thèse de Church.